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Maurice Pons, Les Saisons, Christian Bourgois, 2000, 224 pp., 15,24 euros.
Je livre ici le travail d'un nouveau contributeur, qui a daigné me faire parvenir ce texte sur un livre trop peu connu, dont les rares lecteurs deviennent vite de véritables fanatiques et des zélateurs quasi-sectaires. Vous l'aurez compris, Le Phage n'est pas lui-même sans réserve face à cet ouvrage d'une noirceur radicale, qui mérite cependant d'être lu, ne serait-ce que pour ouvrir autrement la question du mal, qui nous hante tous.
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Un bien étrange ouvrage que ces Saisons de Maurice Pons. L'un de ces livres dont la marque indélébile s’imprime profondément en vous, dont la frappe par trop singulière s’insinue et hante votre esprit longtemps après en avoir tourné la dernière page. Les Saisons distillent un curieux sentiment, alors que la lecture, commencée avec bonhomie, dans une douce excitation et une juste perplexité, vous rend, au fil des pages et de l’intrigue, comme possédés par une force qui, ayant mesuré les vôtres, les domine et vous laisse vidé et confus.
L’histoire est celle de Siméon, pérégrin fatigué et meurtri par des années de captivité dans un pays désertique au soleil mordant, qui chemine en quête d’un havre où les blessures de l’existence puissent avoir le temps de cautériser. Malheureusement, là où ses pas le mènent n’est point le pays de cocagne espéré, mais une vallée infernale, un monde clos et putride dans lequel il pleut quarante mois et gèle quarante autres, où ne pousse pour toute nourriture qu'une affreuse variété de lentille, et où les habitants aux corps et aux esprits mutilés n’ont plus grand-chose d’humain. Il s’y installera malgré tout, espérant un séjour heureux. Mais qu'attendre d'un pays où les oiseaux meurent en vol durant l'hiver, le sang gelé, et dont l'unique médecin soigne la gangrène en donnant à manger les chairs pourries à son âne ?
Ce livre se nourrit de la confrontation entre Siméon — apprenti écrivain hanté par les camps et la mort de sa sœur, emmitouflé dans l’espoir en une nouvelle humanité — et une population quasi-lépreuse, survivant dans un village en ruine, au milieu de la crasse la plus noire et la méchanceté la plus crue, se vautrant dans la merde, les glaires et la gangrène comme les porcs dans la fange. Magnifique et pathétique Siméon, qui s'enthousiasme du climat comme des autochtones dans sa volonté de voir partout le bien, malgré la décrépitude de l'un et des autres, qui s’échine à vouloir changer le monde et les hommes pour en souffrir ensuite tant physiquement que moralement.
Pour ne pas achever de décrépir sur place, Siméon convainc les habitants qu’un ailleurs existe, au-delà des montagnes, où règne un éternel printemps, dictame pour l'esprit et le corps, où l'ordinaire lentille farineuses n'existe pas, où le riz abonde et le soleil brille. Galvanisé, le village se met alors en marche, défilant en une fantastique procession d’éclopés, de miséreux et de corps débiles, suivant Siméon dans son ultime périple vers l'Eden fantasmé. Las !, après maintes péripéties, arrivée au sommet du col qui devait constituer la dernière épreuve, la troupe de monstres croise, arrivant en sens inverse, une autre cohorte tout aussi souffrante… Elle aussi rêve d’un ailleurs.
Un livre ayant la beauté du désespoir, effrayant comme une toile de Bacon.
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