Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /Fév /2009 20:43


Maurice Pons, Les Saisons, Christian Bourgois, 2000, 224 pp., 15,24 euros. Je livre ici le travail d'un nouveau contributeur, qui a daigné me faire parvenir ce texte sur un livre trop peu connu, dont les rares lecteurs deviennent vite de véritables fanatiques et des zélateurs quasi-sectaires. Vous l'aurez compris, Le Phage n'est pas lui-même sans réserve face à cet ouvrage d'une noirceur radicale, qui mérite cependant d'être lu, ne serait-ce que pour ouvrir autrement la question du mal, qui nous hante tous. *** Un bien étrange ouvrage que ces Saisons de Maurice Pons. L'un de ces livres dont la marque indélébile s’imprime profondément en vous, dont la frappe par trop singulière s’insinue et hante votre esprit longtemps après en avoir tourné la dernière page. Les Saisons distillent un curieux sentiment, alors que la lecture, commencée avec bonhomie, dans une douce excitation et une juste perplexité, vous rend, au fil des pages et de l’intrigue, comme possédés par une force qui, ayant mesuré les vôtres, les domine et vous laisse vidé et confus. L’histoire est celle de Siméon, pérégrin fatigué et meurtri par des années de captivité dans un pays désertique au soleil mordant, qui chemine en quête d’un havre où les blessures de l’existence puissent avoir le temps de cautériser. Malheureusement, là où ses pas le mènent n’est point le pays de cocagne espéré, mais une vallée infernale, un monde clos et putride dans lequel il pleut quarante mois et gèle quarante autres, où ne […]
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Jeudi 11 décembre 2008 4 11 /12 /Déc /2008 12:08


Avec ce premier roman, Jeff Noon inventait un monde étrange, une interzone qui croise Lewis Carol et les Neuromanciens : le VURT. Le VURT est une réalité virtuelle composée de rêves surréalistes auxquels on accède en plaçant contre son palais ces drogues que sont les Plumes vurt. Scribble – le narrateur – est l’un des drogués de ce monde vurtuel, membre d’une petite bande de durs à cuire d’opérette – les Chevaliers du Speed – accrocs aux plumes illégales. Aux ordres d’un chef vicieux, dans un Manchester infesté de policiers sur-armés et de mutants croisant l’homme et le chien, Scribble ne serait qu’un rêveur anonyme parmi les autres rêveurs anonymes, un simple camé parmi d’autres, s’il n’avait vécu cette expérience étrange au sein d’un VURT interdit dans lequel il a perdu Desdémone, sa sœur et maîtresse ; apprenant du même coup que réalité et vurtualité peuvent s’échanger et se contaminer. En échange de sa sœur, Scribble a ramené du VURT la Chose, sorte de protoplasme étrange et illégal que les Chevalier du Speed gardent précieusement en espérant pouvoir l’échanger contre Desdémone. À la recherche de la mystérieuse Plume jaune qui ouvre sur le vurt qui retient captive Desdémone, forcé d’explorer les secrets du monde des rêves, la petite bande devra accepter de nombreux sacrifices afin d’entrer dans les arcanes ultimes du VURT. Jeff Noon réutilise l'idée qui fit la fortune du cyberpunk : ne pas décrire par le menu toutes les innovations et les bizarreries rencontrées qui […]
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Jeudi 4 décembre 2008 4 04 /12 /Déc /2008 22:43


L'œil du purgatoire de Jacques Spitz. Illustrations d'Olivier Bramanti Spitz est l'un de ces peu connus qui naviguent entre la décadence fin-de-siècle (de plus en plus goûtée alors que la nôtre se précipite) et la rupture surréaliste depuis longtemps intégrée dans le paysage littéraire. Il est de cette caste d'écrivains de haute tenue que les manuels relèguent dans un entre-deux historique qui est en vérité une remise fort négligée dont le dépoussiérage n'a lieu que de temps en temps par quelques courageux éditeurs. L'Arbre vengeur en est un, qui publie ce roman oublié, L'œil du purgatoire. Purgatoire : car ce n'est même pas les enfers dans lequel on relègue l'auteur, mais dans son antichambre. Écrivain à la prose encore très XIXe, Spitzt est malgré tout d'une modernité fracassante. Spitzt, l'un des rares romanciers scientifiques de la science-fiction française, comme le précise l'excellente préface de Bernard Eschasseriaux. Scientifique : l'histoire d'une innovation technologique, de l'invention d'un instrument technologique. L'œil du purgatoire est même l'invention d'un autre temps : le présent vieilli. Il nous présente un peintre auquel un savant fou et passablement idiot a inoculé un bacille qui permet de voir en avance : dès lors ce ne sont plus des cigarettes que voit le narrateur, mais des mégots, non plus de charmantes toilettes et jolies mises, mais de vieilles loques froissées, non pas des hommes, mais des cadavres. Il n'a pas même la consolation de voir ce qui […]
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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 21:34


Le jour où IL daignera essuyer Lui-même mes larmes d'Ôé Kenzaburô. Bonjour, chers lecteurs, Embarquement, aujourd'hui, pour un Japon fantastique, fantasmé au jour de Rabelais et Mark Twain, peuplé de familles qui se déchirent, hanté de Pantagruel vicieux barbotant aux côtés de Tom Sawyer sous le soleil noir d'Hiroshima. Bienvenue dans le monde d'Ôé Kenzaburô. La nouvelle, mais qui, épaisse pour une production japonaise, est peut-être un roman, le texte en tout état de cause, est le fait d'un malade, faux cancéreux et vrai grabataire qui, du fond de son lit d'hôpital, le regard plongé dans une nuit perpétuelle en raison des lunettes de plongée fumées héritées de son passé, se souvient de sa vie misérable, passée à vouloir justifier un père faible et brisé devant une mère impitoyable. Reviennent au jour les souvenirs, les tentatives de suicide ratées, les mutilations et les scarifications, la violence sourde qui habitait son cœur d'adolescent, toute cette douleur qui remonte à la façon dont les jours les plus heureux de sa vie, ces fameux « happy days » dont il promet sans cesse le récit repoussé et différé, - centre d'une vie approché par lents cercles concentriques -, se sont achevés dans l'horreur et la désillusion qu'il s'agira d'oublier par un impossible déni qui ruinera la poursuite de sa vie. Ces « happy days » sont les moments passés par le narrateur alors enfant avec son père, revenu de guerre traumatisé et s'étant enfermé dans la resserre de leur maison, où il se […]
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /Sep /2008 22:57

Le style d'Ellroy, bien qu'ayant singulièrement évolué au cours de son œuvre, a toujours été caractérisé par ce que j'appellerais la frontalité, à savoir un attribut typique du roman pop américain. Au contraire du roman français qui croit aux sujets et à leur permanence, leur substantialité, les américains croient aux événements, c'est-à-dire au fait que les choses, les êtres, les actions et les sentiments sont des affections temporelles. Cela se traduit dans la narration. Là où Balzac introduira lentement un personnage, ou plutôt sa famille, par conteneurs successifs, pays, ville, quartier, maison, chambre, - Ellroy débutera en pleine action son White Jazz, le narrateur déboulant dans un rade à bookmaker. Nous comprenons que c'est un flic, et un flic pourri, à même la narration de l'action et non pas dans une description explicite. Balzac, puisqu'il voit le personnage comme une chose, le cadre précisément, il l'inclut dans des repères fixes qui le situent précisément sans aucune possibilité d'incertitude. Il l'enchâsse dans des espaces statiques successifs. On pourrait faire le parallèle avec la peinture. Ainsi, les tableaux de la Renaissance organisés selon les règles de la perspective étagent des espaces successifs qui assurent une homogénéité narrative, les différents plans correspondant aux différents temps, le personnage prit dans un réseau de relations rationnelles censé correspondre à la réalité du monde. A l'inverse, les romans d'Ellroy seraient l'équivalent du […]
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Lundi 15 septembre 2008 1 15 /09 /Sep /2008 22:46


Achevé hier le Murakami, Ecstasy. Envie de vomir. Comment supporter ces séances d'humiliation totale, de prostitution volontaire non de son corps mais de sa dignité, ce mélange scatologique et pornographique qui conduit à l'éradication volontaire de la personnalité, à la recherche de la déchéance la plus totale de son corps, souillé, salit, drogué et ruiné ? Comment encaisser, comme une voiture encaisse et amortit un choc, tel livre qui prétend dire et montrer dans tout sa maléficience la corruption des âmes, mais qui n'est lui même qu'un produit de la société qu'il abbhorre ? Car si Murakami critique le Japon, qu'y a-t-il de plus japonais que son ouvrage ? Le style sec, le court récit à la première personne (1), et le thème d'une sexualité anormale sont des constantes de la littérature nippone, de Tanizaki à Mishima, en passant même par le si délicat Kawabata, pour ne citer que les plus connus. Mais c'est que Murakami récuse l'idée même d'une sensibilité personnelle au Japon, et donc la sienne. Quoi d'étonnant alors si sa propre œuvre s'enferre dans les contradictions d'un pays qui ignore l'individualité ? "Vous parlez beaucoup d'une crise d'identité des japonais, mais en réalité, de mon point de vue, je n'ai pas l'impression que les japonais aient réellement une identité, au départ, et c'est ça le problème. En fait, l'identité est quelque chose que l'on établit lorsqu'on prend conscience de l'existence d'un "autre", quelque chose qui est différent de soi, et à partir […]
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Mardi 9 septembre 2008 2 09 /09 /Sep /2008 12:27


image originale : rob sheridan manipulation : LePhage Le navigateur de Google arrive à point nommé, alors que Firefox peine à se renouveler. La 3.01, instable, lourde et absolument vide d'innovation laissait un goût amer. Google s'impose une fois de plus en épurant, interface simplifiée, lisible et facile (barre d'adresse égale barre de recherche); gestion des onglets a priori intelligente, dans la séparation des tâches et dans l'ouverture. Bien sûr, les recherches lancées seront enregistrées par Google afin d'optimiser la gestion de la publicité - à moins que vous ne choisissiez par défault un autre moteur de recherche pour la barre d'adresse. Mais on ne pouvait en atteindre moins de Google. La Firme en question affirme vouloir un navigateur optimisé non seulement pour la consultation de pages web mais pour le fonctionnement d'applications en ligne. Traitement de texte, mails, stockage de données, AJAX, AIR et consort... Le but avoué étant de se passer d'OS d'ici quelques années, pour tout faire tourner en ligne. Cela pourrait être une bonne idée. Cela en a du moins l'apparence. Tant il est vrai que les systèmes d'exploitation ne sont que des pis-aller de machines trop complexes pour faire tourner par elles-mêmes leurs logiciels ; un frigo ou un micro-onde sont bien plus stables. Pourtant, cela ne laisse pas d'inquiéter. Plus d'OS : une fois encore on simplifie jusqu'à ce moment où plus rien ne reste en notre pouvoir. On évite au peuple de se coller les mains dans le […]
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Jeudi 28 août 2008 4 28 /08 /Août /2008 20:03


Comment commenter un tel livre, comment disséquer les effets de sa lecture pour le moins toxique, comment parler d'une telle noirceur ? Difficile en vérité, et le peu de pages consacrées à l'auteur sur Internet, - quand le moindre quidam ayant commis quelque ridicule texte mal écrit voit son œuvrette disséquée, analysée, encensée et débattue - est à cet égard particulièrement révélateur de la gêne du public. Car il est vrai qu'on peine à trouver le moindre sens à de tels ouvrages, dont la violente frontalité rechigne à la rationalisation. La violence y est la violence, l'autodestruction et la soumission désirée n'y sont pas des métaphores du monde, de la psychée de l'auteur ou de n'importe quoi d'autre. Elles ne sont qu'elles-mêmes et cette simple monstration que rien n'éclaire ni n'explique est en vérité le plus dérangeant. Ecstasy, premier tome d'une trilogie, décrit les relations complexes d'un trio sadomasochiste qui mêle drogue, sexe, soumission, humiliation, et asservissements de braves filles recrutées pour être détruites, qu'ils s'amusent à amener au désir d'être humiliées. Les scènes décrites avec un réalisme sec et sans concession sont d'une fascinante violence qui laisse un goût plus qu'amer au lecteur. C'est d'ailleurs la puissance du livre que de manipuler les nerfs du lecteur tout comme Keiko domine et manipule le narrateur. Il ne faudrait pourtant pas prendre Murakami pour quelque écrivain trash avide de provocation gratuite, équivalent nippon d'une […]
Par Le Phage - Publié dans : Littérature
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Lundi 23 juin 2008 1 23 /06 /Juin /2008 20:07


image de rob sheridan Précédent : GHOSTS I-IV. 00. Je dédie cette note aux innombrables bloggers acéphales atteints de logorrhée verbale, qui parlent à tort et à travers de ce dont il ne comprennent goutte, aux apprentis réacs boutonneux qui s'imaginent trouver ici, parce qu'on y évoque la théologie, la mystique, la Bible et Abellio, un espace de plus à annexer à leur cause; aux clones de Steiner qui jettent depuis les hauteurs saintes de leur tour universitaire un regard condescendant au rock et à la culture populaire. Je dédie cette note à tout les grands critiques musicaux incapables de tracer une clef de sol, donner la tonique d'un morceau ou manipuler un logiciel de musique qui ont assassiné l'album de Reznor parce que, eux, les chers petits ignares, n'ont pas aimés; à touts les grands intellectuels qui ont diagnostiqué derrière The Slip un coup commercial parce qu'il est gratuit. Je pense bien évidemment à touts les envieux, les idiots, les incapables et les inaptes qui polluent le Réseau de médiocres crachats verdâtres en quoi consiste leur seul talent ; je n'oublie pas, bien entendu, les analphabètes adeptes du SMS, les indigents de la matière grise et autres squatteurs de forums ayant décrétés l'abolition de l'ortografe (lol) et de toute forme de pensée, car, après tout, pourquoi soigner son style quand on dispose d'une multitude de smileys pour en tenir place ? 01. On entend souvent dire par les bonnes gens que les drogués se cament pour remplir un vide dans […]
Par Le Phage - Publié dans : Musique
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Jeudi 19 juin 2008 4 19 /06 /Juin /2008 16:58


illustration inspirée par la lecture de La Kabbale de Scholem. Une nouvelle façon de commenter les livres qui me tiennent à cœur. Les illustrer. Leur inventer quelque image qui disent leur efficace sur le lecteur. Passer par le biais de l'imaginal. Éventuellement, créer un artefact qui puisse être leur couverture alternative, leur représentation mentale, leur exégèse picturale et personnelle.
Par Le Phage - Publié dans : imaginal
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